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dimanche 20 mai 2007

Le silence de la mair

Chapitre 10

Faites ce que je dis, pas ce que je fais.
Jaurès de l'Avenue, in 
 La Protohistoire.


La conception de l'histoire et du journalisme à l'époque de Nicolas de Sarcotie était évidemment fort différente de ce qu'elle est aujourd'hui.

Les journalistes ignoraient complètement les notions modernes de déontologie, et on attendait davantage des historiens qu'ils assurent la gloire et la renommée des gouvernants, plutôt qu'une relation factuelle détaillée des événements.

L'historien ou l'archéologue moderne utilisent principalement les récits et rapports officiels de l'époque pour leur fournir des repères chronologiques et des points d'appui sociologiques, mais traitent tous les faits relatés avec une certaine circonspection.

Pour parvenir à se faire une idée de la réalité historique aussi précise que celle dont nous disposons aujourd'hui, il a fallu procéder à de nombreux recoupements entre les informations et il a été nécessaire de s'intéresser particulièrement aux indices indirects, inclus dans des documents qui paraissaient insignifiants à l'époque.

On a sait par exemple grâce aux factures de traiteurs que sous Nicolas de Sarcotie, Jaque de Chirague, le mair (gouverneur) de Pari, entretenait une maisonnée énorme, de plusieurs milliers de conseillers et gens de maisons.

L'abondance de ce personnel nous donne à penser que les resonsabilité du mair étaient beaucoup plus étendues que ce qu'on pourrait soupçonner à la seule lecture des textes officiels (inaugurations de chrysanthèmes, etc.).

On pense aujourd'hui que les services du mair étaient responsables de la guérison des malades, de la construction des astroports, de la cuisson des croissants (une friandise appréciée à l'époque) dans les fours communaux ou encore de l'éducation des chiens de compagnie, responsabilités qui nous échapperaient complètement à la lecture des seuls textes officiels.

Il est notoire que le rôle du mair était minimisé dans les rapports officiels en raison d'une rivalité persistante entre Jaque de Chirague et les princes-démocrates successifs, qui prenaient ombrage de son pouvoir.

La denrée

Chapitre 9

Son seul défaut, c'est son conjoint, sinon, elle est bonne.
Renault de Monté-Embourrin in 
 Le journal d'un diplomate à la Cour d'Ollande


Les Europains de l'époque de Nicolas de Sarcotie étaient confrontés à une grave pénurie d'éthanol, dont ils faisaient habituellement un généreux usage.

Ils utilisaient l'éthanol de trois manières différentes, en quantités à peu près équivalentes:

En tant que carburant (en alternative aux huiles de pétrole très onéreuses), en boisson (sous l'appellation d'alcool), et en désinfectant (pour soigner les plaies occasionnées par leur rude existence).

Cependant, l'approvisionnement était fortement soumis aux aléas climatiques et aux troubles politiques, qui ralentissaient l'importation.

Une certaine gestion de la pénurie était souvent nécessaire, et des choix cruels devaient parfois être effectués.

Pour faire face aux émeutes de la soif qui agitaient la société (les révoltes des banlieues en 2006 sont restées célèbres), Nicolas de Sarcotie mit en place une administration pour le contrôle et la distribution de l'éthanol.

La société convenait de façon assez consensuelle que l'utilisation la moins vitale était l'usage en tant que carburant, puisque les huiles de pétrole étaient encore disponibles.

Il restait donc généralement à choisir entre l'utilisation médicale et l'usage alimentaire du produit.

Nicolas de Sarcotie mit en œuvre une méthode révolutionnaire pour résoudre ces conflits, avec en priorité absolue le maintient d'un service minimum d'approvisionnement en alcool pour le ministère de l'intérieur.

Cette nouvelle approche s'avéra si efficace et permettait d'aboutir si souvent à un résultat gagnant-gagnant qu'elle fut généralisée à la plupart des domaines couverts par l'administration et gros consommateurs d'éthanol, comme la gendarmerie, les postes, les transports ferroviaires, etc.

Certains textes laissent entendre que cette méthode aurait d'abord été popularisée en Ollande par la Suglend royale, sous le nom de débat participatif, ce qui, faute de mieux, induisit effectivement une participation exceptionnelle.

En Ollande, en raison du caractère bicéphale du gouvernement de Fransois de Ollande et de la Suglend royale, la stratégie gagnant-gagnant résultait inexorablement en un blocage conduisant à un résultat perdu-perdu assez désastreux.

Pour Nicolas de Sarcotie, en revanche, qui n'existait que par lui-même et pour lui-même, cette approche permettait de saouler élégamment l'ensemble du peuple Europain.

Une légère adjonction de méthanol dans l'éthanol permettait en outre de le rendre aveugle et sourd.


Chantier de fouilles de la nécropole princière de Versailles.
Ces 20000 guerriers veillent sur le sommeil éternel du prince-démocrate.